Laguille s’est fait coffret

Laguille s’est fait coffret

Laguille s’est fait coffret 800 513 En Exergue, le sport est une littérature à part entière

De Philippe Guillard

Sortie le 23 juin 2020

Collection « Le sport fait son cinéma »

Extrait « Petits bruits de couloir »

« Il ne faut pas s’étonner si un demi d’ouverture ne donne que la moitié des ballons »
« On était très heureux, nous les cadets. On jouait par-‑ci par‑-là, jamais très loin de chez nos parents. On jouait surtout les dimanches matin juste avant de rejoindre nos mamans.
On était très heureux, nous les cadets. On ne pensait qu’à ces belles histoires d’amour que l’on chantait à peine rentrés aux vestiaires, ce bon vieux curé de Camaret ou cette Madelon qui nous servait à boire. Ils étaient nos amis, ils étaient tous invités le dimanche à nous accompagner, à nous soutenir.
On ne faisait pas que chanter. Souvent, Riri montrait sa lune pleine de boutons rouge vif à la grande fenêtre de l’arrière du car. Un jour, c’est son père et sa mère qui suivaient derrière. Et Riri, on ne l’a plus vu de l’année. Il est parti en pension.
Notre entraîneur essayait de bien nous faire jouer, mais quand il nous faisait un discours, il terminait toujours par cette phrase : « Et les gars, n’oubliez pas, je veux du courage devant comme derrière. » Alors nous, on enchaînait tout de suite en chantant « par‑-devant, par-derrière, comme de bien entendu ». Ça le rendait fou, mais de toute façon, son discours et ses tactiques, ça ne servait pas à grand-chose, parce que nous, les cadets, le plus souvent, on tapait la balle en l’air, et on courait derrière.
Notre entraîneur, il s’appelait M. Pierre. Mais nous, on l’appelait Tête de Nœud. Enfin, entre nous, bien sûr. On voulait tous marquer notre essai, mais comme on voyait vite qu’on n’y arrivait pas tout seul, on essayait de le faire ensemble. Parfois, Tête de Nœud était obligé de nous arbitrer parce que l’arbitre officiel n’arrivait pas à trouver le stade. C’était toujours un scandale. Il n’y avait pas plus partial que lui, chauvin même. On avait honte tellement il nous avantageait.
Nous, les cadets, devant, on n’était pas très grands, et derrière pas encore assez bons, mais on courait inlassablement vers le ballon. Car on n’avait qu’une heure pour nous défouler. C’était si peu dans une semaine d’éducation à la française où, toujours entre les maths et les matches, il fallait choisir les maths. »

Extrait « Pourquoi c’est comment l’amour »

« Au rugby, l’après-match est essentiel. C’est la troisième mi-temps : un moment privilégié. Cette mi-temps compte tout autant que les autres. C’est parce qu’elle existe que les deux premières sont belles. Il ne faut pas se tromper de sens, ça n’est pas parce qu’on a fait un bon match qu’on fait la fête ; c’est parce qu’on a fait la fête ensemble qu’on fait un bon match.
Quand l’alcool a dénudé les hommes de leurs apparences trompeuses, et levé le voile de la timidité, on se livre enfin. On se dit tout : les quatre vérités et les milles songes.
On passe des nuits entières rivés au bar comme des grimpeurs accrochés à la paroi. Lorsqu’on ne chante pas, on refait le monde. Car il s’agit bien de cela. Le cheminement est simple : la flamme suit la mèche jusqu’à la dynamite. On part d’une action du match, puis l’on passe au match, au club, au rugby, à la France du rugby, au monde du rugby, et enfin, au monde tout court. La flamme a atteint la dynamite : le monde explose.
Tout peut alors arriver, l’aventure, le sordide, le sensationnel, le dramatique, on est offert à la providence. On raconte sa vie, celle des autres ; on écoute les leurs ; on se la raconte aussi. Tout le monde est gentil et les femmes sont toutes jolies… On rêve ! »

Finale du championnat de France de rugby 1990 entre Agen et le Racing club de France. Trois ans après avoir été vaincus par le Toulon de Daniel Herrero (1987), les Ciel et Blanc du Racing vont cette fois remporter le fameux Bouclier de Brennus. Philippe Guillard est de cette aventure et devient donc champion de France. Toute la France fait alors connaissance avec une joyeuse bande de gamins qui joue au rugby comme elle le ferait dans une cour d’école ; en faisant fi des codes. C’est ainsi qu’un jour on la voit arriver sur la pelouse de Bayonne avec un béret basque sur la tête ou lors de cette finale au Parc des Princes devenue célèbre, avec un nœud papillon rose autour du cou !
Ça, c’est la première vie de Philippe Guillard. Et il y en aura bien d’autres. Comme lorsqu’en 1999, il publie Petits bruits de couloir qui consacre son arrivée définitive dans le monde littéraire (La Table ronde) avec à la clé deux prestigieux prix (Grand Prix de la littérature sportive et prix Sport Scriptum). Mais c’était un peu vite oublier que Philippe Guillard avait auparavant publié un joli premier roman, Pourquoi c’est comment l’amour (Éditions Le Franc-Dire, 1991), vendu souvent sous le manteau. Cette première œuvre a longtemps été un Graal pour les fans de l’auteur tant on devinait dans les premières pages ce qu’il en serait de ce champion du ballon ovale. Un humour fin, une sensibilité assumée et un regard à part sur les choses de la vie. Voici donc rassemblés en un seul et même recueil ces deux ouvrages.
Mais comme ce touche-à-tout ne sait pas s’arrêter, il lui a fallu un premier film pour faire une entrée fracassante dans le cinéma. Le fils à Jo sort sur tous les écrans de France au début de l’année 2011 et va conquérir pas moins de 1,3 million de spectateurs. Ce succès lance sa nouvelle vie de réalisateur, lui qui avait beaucoup joué avec les images sur l’antenne de Canal + et dont les sketches font aujourd’hui partie du patrimoine de la chaîne. Quelques années auparavant, il faut dire que Philippe Guillard s’était déjà essayé au grand écran en signant les scénarios de 3 zéros, Camping 1 et 2, Disco et Turf pour Fabien Onteniente.
C’est donc fort de tous ces succès que nous avons choisi de « coffret » Laguille pour mieux le connaître, mais aussi pour mieux l’apprivoiser.

L’auteur

Philippe Guillard

Ancien joueur de rugby, il est le seul auteur devenu champion de France de rugby (Racing Club de France, 1990). Philippe Guillard a 58 ans. De chroniqueur à Canal +, où son humour fait mouche dans des séquences vidéo inoubliables, en passant par la littérature, où là encore son talent s’exprime très vite, jusqu’à nos jours où il se met derrière la caméra pour nous susurrer à l’oreille son amour des gens avec cette poésie qui lui est propre (Le fils à Jo, On voulait tout casser, Papi sitter), Laguille sait réveiller chez nous cette passion pour l’autre, pour les mots, le tout avec un humour communicatif et bon enfant.
Philippe Guillard a reçu le Grand Prix de la littérature sportive et le Prix Sport Scriptum.

Photo Ingrid Mareski

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